Sereine, productive, progressiste, flexible. La Scandinavie sert de modèle sur le marché du travail. Team HR vérifie pour vous ce que les employeurs belges – mais aussi les travailleurs et les politiciens – peuvent apprendre de leurs collègues du Grand Nord.

Une solution pour le vieillissement ?

La première chose qui frappe, quand on regarde les chiffres, c’est la longue carrière des Scandinaves. En Suède, la carrière moyenne dure 41 ans, alors que nous ne dépassons pas 32 ans ! La différence s’explique par la mentalité, mais aussi par le système de pension. Celui qui travaille plus longtemps s’en voit vraiment récompensé. De même, en Scandinavie, une personne de plus de 50 ans ne gagne pas plus que quelqu’un de 40 ans. Le résultat est que les 50+ sont toujours très actifs sur le marché du travail et le problème du vieillissement joue donc beaucoup moins.

Envie de tout

Qui aime travailler, peut continuer beaucoup plus longtemps que celui qui se traîne au travail tous les jours parce qu’il faut bien gagner de l’argent. Comment parviennent-ils à cela dans le Grand Nord ? Tout d’abord, en accordant beaucoup d’attention à la concertation individuelle avec les travailleurs à propos du contenu de leur job et de la manière dont ils veulent construire leur carrière. On rémunère également beaucoup plus que chez nous sur base d’objectifs.

C’est évident que les Scandinaves travaillent plutôt dur, mais en contrepartie il y a de très grands avantages pour les jeunes familles, qui reçoivent par exemple jusqu’à 14 mois de congé pour être avec leur bébé.

Interview - Est-il grand temps d’apprendre le Suédois ?

Le modèle scandinave est-il un exemple pour le marché du travail en Belgique ? Nous avons posé la question à Bart Buysse, directeur-général de la Fédération des Entreprises Belges (FEB) et à son collègue Gianni Duvillier.

Pour vous, qu’est-ce que c'est, le modèle scandinave ?

Gianni Duvillier : On ne peut pas le considérer séparément de l’organisation du marché du travail dans ces pays. Le Danemark a été le précurseur, avec une gestion active du marché du travail, un droit du travail flexible, et une sécurité sociale qui garantit un bon filet de sécurité durant les transitions.

En Belgique, on se révolte dès qu’on parle d’une vision flexible du marché du travail, parce que cela suppose entre autres qu’on peut licencier les gens plus vite. Ce que nous voyons, c’est que les entreprises danoises peuvent licencier facilement, mais aussi procéder beaucoup plus vite à des embauches.



Bart Buysse : Il ne faut pas oublier non plus que l’approche du marché du travail en Scandinavie est beaucoup plus ancrée dans la culture et la société. Travailler plus longtemps est pour eux une évidence, tandis que chez nous l’idée subsiste que ‘celui qui doit travailler’ jusqu’à l’âge de la pension est à plaindre.

J’ai l’impression que des principes tels que l’autonomie et l’initiative de l’individu sont plus établis là-bas. Les employeurs et les travailleurs cherchent beaucoup plus des objectifs communs, alors que nous pensons toujours en termes de rapport de forces dans la concertation sociale. Sur ce plan, nous avons encore du chemin à parcourir.

 

Le climat social actuel montre-t-il que nous arrivons aux limites de l’ancien modèle ?

BB : On dirait bien, oui. Chez nous, on s’accroche trop à ce qui existe, aux ‘droits acquis’, tandis que l’expérience dans d’autres pays montre qu’une réforme radicale ne mène certainement pas à des drames sociaux. Au contraire, même, elle est nécessaire pour le maintien du bien-être social.



Que peuvent faire les entreprises sans une nouvelle politique ?

GD : Beaucoup d’entreprises se sont mises d’elles-mêmes au travail en matière de formes innovantes d’organisation, telles que les équipes autodirigées et une plus grande autonomie pour les travailleurs. Sur ce plan, on n’a vraiment pas besoin d’attendre le législateur. Sinon, il est vrai que notre code du travail date d’un siècle, une époque où l’organisation hiérarchique était encore la norme. Les entreprises et les travailleurs travaillent différemment d’il y a quelques décennies, mais notre droit du travail est à la traîne. Là, il faudrait une mise à jour.

Par exemple, nous mesurons toujours le travail en termes d’input – les heures prestées - alors qu’il est beaucoup plus utile de mesurer les prestations et de rémunérer en fonction de cela. En Scandinavie et aux Pays-Bas, nous voyons qu’il y a de plus en plus de gens qui travaillent en freelance sur base de projets, tandis que nous nous accrochons encore beaucoup à la manière traditionnelle de travailler.

N’est-ce pas un fait que beaucoup d’employeurs belges ne sont pas encore prêts à faire pleinement confiance à leurs collaborateurs ?

Certains veulent encore pouvoir tout contrôler, c’est vrai. Même si on voit souvent qu’il y a des réticences des deux côtés. De plus en plus d’organisations s’efforcent de donner autant d’autonomie que possible à leurs collaborateurs, mais se heurtent aux limitations de notre législation. Dans la pratique, il y a des entreprises sérieuses qui travaillent sur base de la confiance. Si les gens travaillent mal ou trop peu, ça se voit dans leurs résultats.

Est-ce que tout est vraiment mieux dans le Grand Nord ?

BB : On a parfois l’idée qu’ici tout est moins bien organisé qu’en Scandinavie, par exemple, mais il y a tout autant de domaines dans lesquels notre marché du travail obtient de meilleurs résultats. Par exemple, en matière de qualité du travail et de satisfaction au travail, nous sommes au top en Europe, et pour l’équilibre travail-vie privée, nous obtenons un meilleur score que les pays scandinaves.

La grande différence est que pour les Scandinaves, le contenu du job est beaucoup plus une priorité. Ils se concentrent plutôt sur les possibilités de développement personnel et la reconnaissance que leur job leur apporte, alors qu’ici les gens sont plus préoccupés par des choses comme la sécurité de l’emploi, le salaire et le prestige.

Nous voyons que cela commence à changer doucement, mais il y a encore pas mal de chemin à faire. Notre représentation du travail est aussi totalement différente. En Scandinavie, on est convaincu que le travail est bon pour soi, alors qu’ici on a plutôt l’idée que le travail est un mal nécessaire. Nous devons certainement faire quelque chose à ce sujet.



Les employeurs belges veulent-ils laisser leurs travailleurs participer aux décisions sur le contenu de leur job et la réalisation de leur carrière ?

BB : Nous en avons fortement l’impression, oui. Je pense que ce n’est même pas une question de le vouloir ou pas, selon moi c’est le chemin qu’il faut suivre. Les conditions et le cadre de travail sont déjà très bons chez nous, mais il y a encore souvent des problèmes dans l’alignement individuel des tâches avec les compétences, la capacité de travail et les attentes des collaborateurs. Dans le bon équilibre, les gens ‘grandissent’ et peuvent continuer à travailler plus longtemps. Ces facteurs peuvent aussi évoluer durant la carrière : les gens évoluent, je peux moi-même en parler ! (Il rit) Les circonstances sociales et familiales peuvent aussi jouer…

La juste dose d’autonomie et le juste soutien vont déterminer si on sera confronté au stress et au burnout, et ce sont des accords qu’il faut prendre au niveau individuel. En cela, le travail sur mesure est d’une importance cruciale. Même deux personnes qui ont exactement le même parcours de formation et la même carrière doivent être stimulés de manière différente pour rester motivés à continuer à travailler. Ce n’est donc pas une question d’âge ou de générations, mais d’individus.

Qu’est-ce qui doit changer sur le plan politique pour pouvoir profiter des meilleurs côtés du modèle scandinave ?

GD : Ce que nous demandons depuis des années, c’est une simplification et un assouplissement des règles. Nous avons beaucoup trop tendance à vouloir tout réglementer et contrôler dans les moindres détails. Conséquence : trop de petites règles et trop peu de solutions adaptées. Ce n’est pas une question de dérégulation, mais bien de meilleure législation : des règles plus claires que tout le monde comprend et qui peuvent être mieux appliquées. En outre, de cette manière, on a plus de place pour le travail sur mesure, qui est tellement important. Nous voyons qu’en Scandinavie, il y a par exemple beaucoup plus de place pour des accords qui bénéficient aussi bien à l’employeur qu’aux travailleurs.

BB : Pour garder les travailleurs plus âgés au travail plus longtemps, il faut prendre des mesures sur beaucoup de fronts en même temps. Des pays qui comme la Finlande ont systématiquement écarté du chemin les obstacles – comme les systèmes de départs anticipés et les barèmes d’ancienneté que nous connaissons encore – ont de bien meilleurs résultats sur ce plan.


Case Study

“Créer de l’implication de manière durable, c’est tout l’art”


Ron Embrechts a mis le modèle scandinave en pratique en tant que CEO de la firme de nettoyage Care. Le résultat ? A côté d’un bénéfice sain, Care a de très bons résultats sur le plan de la Responsabilité Sociale Sociétale et se trouve régulièrement dans le top 10 des meilleurs lieux de travail.

Ron Embrechts travaille aujourd’hui chez D-Sense, où il apprend aux entreprises comment rendre leurs travailleurs et leurs clients vraiment heureux.

« Germaniste de formation, je n’étais pas destiné à gérer une entreprise, ce qui a pour avantage que je regarde les choses d’une manière différente. Ma mission chez Care était de créer de l’implication de manière durable de notre personnel, car le service n’est aussi bon que le moins motivé de nos travailleurs. Il faut donc faire en sorte qu’il y ait de l’envie ! »

Démocratique

« Comment m’y suis-je pris ? Le secteur du nettoyage est traditionnellement organisé de haut en bas, et je trouvais qu’on pouvait faire autrement. Le modèle scandinave est surtout une source d’inspiration parce qu’il est tellement démocratique. Il y a de la place pour les initiatives personnelles des travailleurs et pour l’accompagnement individuel. Et des choses comme l’origine ou l’âge ne comptent pas, cela se voit aussi au grand nombre de 50+ qui travaillent pour Care. »

« Je me suis donc donné pour tâche de plus écouter les gens et de montrer de l’appréciation, mais je les ai aussi impliqués dans le comment et le pourquoi de ce que nous voulions réaliser. Et ça marche ! Non seulement pour les travailleurs de Care, mais aussi pour nos clients. Si votre entreprise est nettoyée par des gens motivés qui font attention aux détails, vous avez aussi plus envie de vous mettre au travail. »


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