Professionnels RH : comment prendre soin de vous

Anti-scoop : le rôle des RH a pris de l’ampleur au fil des années. De plus en plus, les collaborateurs s’attendent à un accompagnement personnalisé. Et quand la direction veut introduire des changements, c’est aussi sur les RH que retombe la pression. Mais leur propre bien-être, les professionnels des RH l’oublient souvent, tant ils sont occupés à veiller sur celui des autres. C’est pourquoi nous avons demandé à la coach d’entreprise Ingrid Crollet ce qu’elle leur conseille pour tenir le coup.

Le personnel des RH qui est trop sollicité : un vrai problème ?

Crollet : Je n’ai pas d’idée précise de l’ampleur du problème, mais je vois des plaintes survenir régulièrement, notamment dans les entreprises qui cherchent à changer trop vite.

Elles veulent, par exemple, travailler avec des équipes autogérées, mais ne réalisent pas qu’un changement aussi profond doit être porté par tout le monde et réalisé pas à pas. Et ce sont les RH qui se retrouvent à devoir solutionner les problèmes qui surviennent quand la gestion par les managers disparaît d’un coup.

Relâcher le contrôle, c’est une bonne idée en soi, mais cela fonctionne uniquement dans un environnement où les gens se font confiance. Les collaborateurs RH sont souvent les dupes de décisions irréfléchies venues d’en haut.

Les RH sont souvent les dupes de décisions irréfléchies venues d’en haut.

Ce sont surtout les personnes les plus empathiques qui oublient leur propre bien-être dans un tel contexte ?

Ce qui est sûr, c’est qu’elles encaissent plus au niveau émotionnel quand elles sont tout le temps confrontées à des plaintes et conflits.

Mais même les personnes qui savent prendre du recul peuvent finir par s’irriter de voir reculer les résultats et l’engagement du personnel.

La volonté de changer une organisation part en général de très bons sentiments, mais il ne suffit pas d’afficher un beau poster avec les nouvelles règles pour convaincre tout le monde.

Il faut laisser le temps aux gens de s’exprimer et de se plaindre sur tous ces changements, avant de les soutenir jusqu’à ce qu’ils y voient eux-mêmes un intérêt.

On attend toujours des collaborateurs RH qu’ils soient en faveur des changements et aident à les promouvoir. Mais quand ce n’est pas le cas, leur travail se complique et les burn-outs se multiplient.

Les changements dans le rôle des RH s’accompagnent-ils d’une pression supplémentaire ?

J’ai pu constater qu’en fonction de l’endroit, les attentes vis-à-vis des RH sont très différentes.

Parfois, cela se limite - comme avant - aux chiffres et aux contrats. Mais dans d’autres organisations, on compte beaucoup plus sur les RH pour garantir le bien-être du personnel.

Et dans l’époque actuelle où la rétention des collaborateurs prend en importance et où toujours plus de millennials débarquent dans le monde du travail, les RH doivent travailler à un accompagnement sur mesure.

Est-ce aux RH d’assumer seules toutes ces nouvelles tâches ?

Bien plus qu’avant, il est question de créer des opportunités, de soutenir l’évolution, d’aider les gens à affiner leurs compétences et de rechercher ensemble un meilleur équilibre travail-vie privée. Et bien entendu, ces nouvelles priorités sont positives !

Là où ça coince, c’est lorsque les RH doivent assumer la responsabilité entière de toutes ces nouvelles tâches.

Alors les chefs d’entreprise doivent assumer davantage leurs responsabilités ?

Ce qui est sûr, c’est qu’on ne peut pas se contenter de transmettre toute la responsabilité du bien-être de l’ensemble des collaborateurs aux RH ! Quand on impose des changements d’en haut, les employés s’en rendent compte. Et il ne suffit pas d’un slogan bien tourné pour transformer la culture d’entreprise.

Il ne suffit pas d’un poster ou d’un slogan bien tourné pour transformer une culture d’entreprise

Si vous ne prenez pas la peine d’embarquer tout le monde, vous ne ferez que favoriser la résistance et le cynisme chez votre personnel.

Le rôle des cadres dirigeants est ici crucial : ils doivent contribuer concrètement à mettre en pratique et promouvoir les changements de cap.

En tant que personne externe, j’arrive souvent dans des entreprises où personne n’ose parler de problèmes gros comme des éléphants, et alors c’est mon job d’attraper la bête par sa trompe ! (rit)

Les RH doivent donc se montrer un peu plus assertives ?

Il s’agit de partager les responsabilités entre toutes les personnes concernées. En premier lieu, en tant que département RH, il faut ouvrir la discussion avec le management et oser évoquer les problèmes.

Si vous parvenez à ouvrir les yeux de la direction sur le coût qu’implique le recrutement et la formation incessants de personnel, il vous sera d’autant plus facile d’attirer leur attention sur le bien-être du personnel et sur l’importance d’une politique réfléchie en la matière.

Et quid en cas de conflits au travail ?

Alors il ne faut pas d’emblée s’interposer, mais aider les gens à mieux se comprendre. Souvent, je demande aux gens : « Et vous, quel est votre rôle là-dedans ? » Quand vous devez tout le temps jouer les arbitres, le rôle du collaborateur RH peut s’avérer très lourd.

Devoir tout le temps jouer les arbitres, ça rend votre travail très lourd

Ce qui fonctionne bien mieux, c’est d’apprendre aux cadres dirigeants comment ils peuvent eux-mêmes veiller sur le bien-être de leur équipe. Souvent, ces personnes sont devenues managers parce qu’elles excellaient dans leur travail. Mais tout le côté humain, social et émotionnel, elles préfèrent trop souvent le déléguer aux RH.

Si vous pouvez les accompagner vers un coaching plus orienté sur l’humain, toutes les personnes concernées et l’entreprise s’en porteront mieux.

De même, il est beaucoup plus productif d’apprendre aux employés de ne pas foncer aux RH au moindre conflit. Il faut leur donner la confiance et les moyens de gérer les problèmes au sein même de l’équipe. Là, c’est vraiment une question de culture d’entreprise.

Riez. Apprenez. Relativisez.

Créer une base de soutien pour le changement est essentiel. Car cela permet un travail plus préventif au lieu de devoir toujours éteindre des incendies.

Le travail devient tellement plus épanouissant quand on n’a pas tout le temps le rôle du surveillant dans la cour de récré !

 

 

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