Bien que près d'une moitié des entreprises belges (45 %) redoutent une pénurie aiguë de travailleurs, beaucoup d'employeurs ne tiennent pas suffisamment compte de l'attitude, des attentes, ni du potentiel d'épanouissement des postulants et misent trop sur l'expérience individuelle. C'est la raison pour laquelle beaucoup de candidats potentiels restent sur la touche et que des postes vacants ne sont pas pourvus. Plus que jamais, la pénurie de talents exige de repenser totalement le travail des ressources humaines. Car le potentiel interne, lui aussi, est négligé. C'est ce qui ressort d'une étude menée pour le compte de Tempo-Team, le prestataire de services RH, en collaboration avec la professeure docteure Anja Van den Broeck, experte en motivation du travail à la KU Leuven.

Il faut repenser les ressources humaines pour répondre à la pénurie de forces de travail

9 employeurs sur 10 assurent ressentir fortement la pénurie sur le marché du travail. Ils recherchent de nouveaux collaborateurs, mais ne parviennent pas à pourvoir les postes vacants. 48 % craignent en outre un problème supplémentaire : devoir recruter du personnel pour compenser les départs redoutés de certains collaborateurs actuels.

Le recrutement à l'ancienne est dépassé

Pour s'armer contre cette pénurie du marché du travail et pourvoir les postes vacants, les entreprises consentent des efforts supplémentaires, en lissant leur image de marque et leur réputation (25 %), en offrant des avantages pour attirer des travailleurs (24 %), en diminuant leurs exigences en matière d'expérience (22 %) et de formation (17 %). 7 % des employeurs reconnaissent même être moins tatillons en termes d'emploi des langues et de tâches à exécuter par leurs collaborateurs.

En fait, les employeurs devraient davantage se concentrer sur les facettes de l'emploi qui attirent vraiment les candidats potentiels. Mais souvent, c'est là que le bât blesse. Car les postulants accordent à la rémunération beaucoup plus d'importance que ne le pensent les employeurs (47 % vs 38 %) ; le même constat peut être établi pour la teneur de l'emploi (42 % vs 37 %), la sécurité d'emploi et l'équilibre travail/vie privée (36 % vs 23 %). En outre, 12 % des employeurs déclarent n'avoir aucune idée des critères qui comptent aux yeux des chercheurs d'emploi.

"Les patrons recherchent encore trop souvent l'oiseau rare capable de répondre à toutes leurs exigences. Mais vu la pénurie aiguë de forces de travail, ils devraient se concentrer davantage sur les talents existants et essayer de cultiver le potentiel des postulants", commente Sébastien Cosentino, porte-parole de Tempo-Team. "On leur recommande en outre de réduire autant que possible les longues procédures de sélection. Les situations qui s'éternisent poussent souvent les bons candidats dans les bras de la concurrence et provoquent en outre des pertes de productivité du personnel en place."

Le potentiel interne insuffisamment exploité lui aussi

Par ailleurs, les entreprises ne consentent pas suffisamment d'efforts pour explorer et exploiter de façon optimale les talents de leur personnel. Seuls 20 % des travailleurs ressentent une implication affective forte avec l'entreprise ; 26 % déclarent y rester parce qu'ils le doivent et 30 % s'y sentent coincés et sans aucune issue. Les travailleurs qui ne voient aucune alternative et ressentent comme une obligation de rester auprès de leur employeur déclarent se sentir moins motivés (73 % sont dans ce cas), moins heureux et moins productifs (71 %). En apportant un soutien organisationnel et en respectant leurs promesses, les employeurs peuvent améliorer les capacités et les aptitudes de ces travailleurs, ce qui profite à la productivité, à l'esprit d'équipe et au plaisir ressenti au travail.

"Dans bien des cas, celui qui se pense coincé dans son emploi s'y sent moins bien, n'est plus motivé et reconnaît ne plus atteindre les objectifs assignés. Ceux qui se sentent bien dans leur entreprise sont plus nombreux à se déclarer motivés : ils accordent du sens et de l'importance à leur travail, qu'ils exercent avec plaisir. Cette catégorie risque moins le burn-out, anticipe mieux le travail et connaît plus de réussite. En accordant de l'attention aux collaborateurs qui semblent décrocher et en favorisant une forme d'implication positive, les entreprises parviendront à mieux exploiter leur potentiel interne", conclut Madame Anja Van den Broeck.

*C'est ce qui ressort d'une enquête menée en ligne auprès d'un échantillon représentatif de 1500 travailleurs et 250 employeurs en Belgique, choisis en fonction du régime linguistique, du sexe et de l'âge, avec une marge maximale d'erreur de 1,83 % auprès des travailleurs et 6,16 % auprès des employeurs. L'enquête a été menée au 4e trimestre 2021 par un bureau d'études indépendant pour le compte de Tempo-Team en collaboration avec la Professeure docteure Anja Van den Broeck, experte en motivation du travail à la KU Leuven.