Moins de la moitié des Belges acceptent de faire un pas en arrière pour travailler plus longtemps

Bruxelles, 18 décembre 2018. C'est une bonne nouvelle : près de la moitié des entreprises emploient davantage de gens de plus de 50 ans qu'il y a quelques années. Mais travailler jusque 65 ans, voire plus, est toujours aussi inenvisageable pour beaucoup : trois quarts des Belges actifs trouvent l'âge de la retraite trop élevé. Pour plus de la moitié des répondants, un allongement des carrières exige un travail adapté, intéressant et pas trop exigeant. Une rétrogradation vers une fonction et un salaire inférieurs n'est pas la solution envisagée, malgré la nouvelle compensation prévue à cet effet par le fédéral par le biais des fins de carrière en douceur.

La "loi sur les fins de carrière en douceur" ne convainc pas (encore) les travailleurs

 Afin de maintenir les gens plus longtemps et plus heureux au travail, la ministre Maggie De Block a mis en place en début d'année la loi sur les fins de carrière en douceur. Grâce à cette mesure, les employeurs peuvent compenser la perte de salaire subie par les travailleurs qui acceptent un recul de leurs conditions. C'est dans ce contexte que Tempo-Team a interrogé la population active pour évaluer les mesures qui selon elle seraient nécessaires en vue de permettre un allongement de la durée des carrières.

Les travailleurs estiment avant tout que leur travail doit rester captivant jusqu'à la fin de leur carrière (89 %). 8 sur 10 sont favorables à un rythme professionnel plus avantageux, avec des tâches allégées, plus de vacances et moins d'heures supplémentaires, mais sans perte du point de vue salarial. Par ailleurs, la moitié des travailleurs demande à ce que leur entreprise investisse davantage dans les formations. Mais clairement, faire un pas en arrière au profit d'une fonction moins exigeante et d’un salaire moindre ne rallie pas la majorité : seulement 4 travailleurs sur 10 peuvent l'envisager pour rester au travail plus longtemps. Et même dans ce cas, 88 % ne veulent pas perdre en conditions salariales.

Pour inciter le personnel à travailler plus longtemps dans de bonnes conditions, les patrons préconisent un travail captivant (91 %), des tâches moins exigeantes (86 %) et des horaires de travail adaptés (75 %). 7 employeurs sur 10 estiment qu'il faut affecter les travailleurs plus âgés aux projets réclamant une grande expérience, ou leur attribuer un rôle de parrainage des débutants. Mais cela n’est pas mis en pratique partout. Ainsi, à peine un quart des employeurs font en sorte que le travail du personnel plus âgé demeure passionnant ou que les tâches soient adaptées à leur âge. 1 sur 5 seulement accorde des formations complémentaires et un rythme de travail adapté. Et 1 sur 10 dit mener une politique du personnel adaptée à toutes les générations.

Des mesures demeurent nécessaires

Des efforts supplémentaires s'avèrent nécessaires pour motiver les gens à travailler plus longtemps, révèle l'enquête de Tempo-Team. Seul un quart des travailleurs interrogés acceptent en effet de poursuivre le travail jusque leur 65e anniversaire et 6 % de poursuivre au-delà de 65 ans. 7 sur 10 estiment que l'âge de la pension à 67 ans n'est pas tenable.

En moyenne, les travailleurs belges aimeraient partir à la retraite à 59,8 ans. Les néerlandophones, les gens de plus de 50 ans et les travailleurs qui se sentent heureux dans leur emploi acceptent en général de travailler plus longtemps, car leur âge de retraite idéal est sensiblement plus élevé que la moyenne des francophones, des jeunes ou des collègues moins heureux, comme le montre le tableau suivant :

« L'étude révèle clairement la nécessité de prévoir un emploi adapté à chaque génération. Par la loi sur les fins de carrière en douceur, le gouvernement fédéral permet aux travailleurs plus âgés d'assumer une fonction moins exigeante sans perdre en avantages financiers accumulés au fil des ans. Mais les entreprises ne semblent pas encore en profiter. C'est dommage, car un pas en arrière n’est pas nécessairement synonyme d’échec : cela permet aussi d'apprendre de nouvelles choses et peut représenter un challenge auquel les travailleurs accordent beaucoup d'importance. En outre, nous savons de précédents sondages qu'un travail captivant est l'un des principaux ingrédients contribuant à la sensation de bonheur au travail », explique Valérie Denis, manager CSR chez Tempo-Team.

Brigitte Ballings, experte en rétrogradation, renchérit : « La plupart des gens s'imaginent leur carrière de façon linéaire et progressive, avec des fonctions de plus en plus élevées au fil des ans. Mais avec le recul de l'âge du départ à la retraite, il n'est pas réaliste de croire que l'on continuera de progresser sur l'échelle hiérarchique. D'autant plus que cette fonction supérieure ne correspondra pas non plus à ce que l'on est ou ce que l'on veut devenir à ce moment-là. C'est pourquoi il faut revoir nos aspirations. Certes, dans l'idée des gens, un recul fonctionnel est associé à une rétrogradation, terme qui en souligne trop l'aspect négatif. Pourtant, les avantages sont nombreux, pour les travailleurs comme pour l'employeur. Il faudrait plutôt parler "d'emploi équilibré", ou "d’emploi plus personnalisé ».


* C'est ce qui ressort d'une étude réalisée en fin d'année auprès d'un échantillon représentatif de 2100 travailleurs et employeurs par un bureau d'études indépendant pour le compte de Tempo-Team. La marge d'erreur maximale de l'enquête est de 2, 94 %.

**Âge idéal de départ à la retraite significativement plus élevé.

 

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