Journal d’une bénévole de crise

Les temps difficiles font parfois ressortir ce que les gens ont de meilleur en eux. Maintenant que le job de bureau de Chris (53) est temporairement suspendu à cause du coronavirus, elle cherche le plaisir au travail ailleurs. Elle est bénévole dans une résidence pour personnes âgées trois matinées par semaine. Lis la suite dans son journal. 

« Ouïe ! », lâche mon mari Stefaan quand je lui dis que je vais aller aider dans une résidence pour personnes âgées, « comme si le coronavirus n’était déjà pas assez dur pour ces petits vieux ». Il sait de quoi il parle. Je viens de lui couper les cheveux et son coiffeur turc habituel semble être plus doux que moi.

Les Ardennes flamandes sont jolies, tout le monde le sait. Au volant de ma voiture, je traverse d’adorables petits villages comme Rozebeke et Michelbeke, et je profite de panoramas à couper le souffle. Je me demande pourquoi je me suis portée candidate comme bénévole de crise plutôt que de faire une promenade relaxante. Je décide ne pas continuer à chercher maintenant ce qui me motive exactement. 

Lorsque j’entre dans la résidence pour personnes âgées, je dois d’abord prendre ma température. Les thermomètres sont prêts. Ils doivent être glissés sous l’aisselle. Sous combien d’aisselles ce truc a-t-il déjà été placé ? Premier défi. Le faire sans réfléchir. Désinfection des mains. Tenue adaptée et masque buccal. Hop, direction le service. 

C’est à peine si je parviens à respirer derrière ce masque que je porte par inadvertance à l’envers. Et j’ai l’impression de participer à une course de vitesse dont je ne comprends pas bien les règles.

Remplir des petites cafetières. ‘101’ noir. ‘102’ au lait. ‘103’ avec de l’édulcorant. ‘104’ juste du jus de fruits. ‘105’ dans un gobelet. Je parcours ainsi toute la liste. Je dépose les cafetières au bon endroit sur le charriot, j’y joins les médicaments et je m’engage dans le couloir. Heureusement, l’infirmière en chef m’accompagne pour le premier jour.

Cette fois, je m’engage vraiment dans le couloir. Première chambre. Ne pas frapper ! Rentrer en silence. Déposer le plateau. Pas de cafetière mais un thermos, car monsieur dort tard. À l’intérieur, il fait noir, je trébuche presque sur une prothèse de jambe. J’entends de légers ronflements. La pièce ressemble à un atelier miniature. Je vois un superbe modèle réduit de tracteur et beaucoup de matériel et d’outils. Compréhensible que monsieur dorme encore. Il travaille dur. 

Deuxième chambre. Encore plus sombre. Une sympathique petite dame aux yeux brillants attend sous les draps. Ici, un petit extra, nous devons lui mettre ses sandales. Un fameux défi pour quelqu’un d’aussi physique que moi. Je découvre que la marque Teva n’est pas réservée aux aventuriers sportifs. Quoique… Bouche bée, je regarde comment madame franchit le parcours allant de son lit à la table. Toute une aventure !

Chambre trois. L’infirmière en chef me fait un geste pour m’informer que ce résident est partiellement paralysé. Monsieur est bien habillé et lit De Tijd. Pourrait-il m’apprendre quelque chose sur les conséquences économiques de la crise du coronavirus ? Mauvaise idée, car le café refroidit vite sur le charriot. J’enlève vite le film fraîcheur des tartines et je glisse un spéculoos entre-deux. La conversation sera pour une autre fois. 

Le résident suivant est aveugle. De nouveau, j’enlève le film des tartines et j’y mets la garniture. Je dis : « Le café est à droite, les tartines à gauche. » En sortant, je me demande pourquoi je n’ai pas demandé à ce monsieur comment il voulait que son plateau soit agencé. Peut-être qu’il est gaucher...

Le couloir est long. Derrière chaque porte se cache une personne avec un mode d’emploi, parfois écrit en très petits caractères, et une vie qui vaut plus que la peine d’être connue.

Une heure plus tard, tout le monde est servi. Maintenant, débarrasser. Vais-je avoir plus de temps pour papoter ? Pas vraiment. Car ils mangent vite et attendent déjà depuis une heure devant un plateau sale. Je suis seule pour cette tournée de débarrassage. Au secours ! Comment savoir quelles chambres j’ai déjà faites ou pas ? Les résidents rient quand je me trompe et que je passe deux fois.

Encore une heure de passée. Tout est bien trié sur le charriot. J’espère que les collègues de la vaisselle sauront apprécier ma logique d’empilement.

Et maintenant, cerise sur le gâteau. Le service de l’eau. Je fais encore une fois le tour de toutes les chambres pour remplir les bouteilles d’eau. Je suis contente. L’eau ne refroidit pas quand je papote un peu.

Après la tournée d’eau, c’est pour moi l’heure de partir. Il reste pourtant encore tant à faire. Ça existe les heures sup pour les bénévoles ?

Je me sens rechargée. L’adrénaline circule et un exercice de réflexion m’attend : si je ne suis pas une coiffeuse douce, que suis-je ?


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