Une moitié de Belges*en faveur de l'imbrication entre travail et famille

Le chevauchement entre la sphère privée et professionnelle rend plus heureux qu'une délimitation stricte

Bruxelles, 14 mai 2018 - Pour la majorité de la population belge (71 %), passer du temps avec le conjoint ou les enfants est la façon idéale de se défaire du stress. Mais bien répartir le temps disponible entre travail et famille n'est pas chose aisée. Globalement, les répondants à cette enquête y parviennent assez bien : ils s'accordent un résultat de 6,5/10. La clé d'un meilleur équilibre entre travail et famille serait de ne plus dissocier totalement l'un de l'autre. Les travailleurs chez qui l'activité professionnelle n'est pas strictement dissociée de la vie privée, mais qui passent de l'un à l'autre au cours de la journée, semblent nettement plus heureux et plus satisfaits de leur équilibre entre travail et vie privée. Des horaires variables et la possibilité de pratiquer le travail à domicile seraient 2 pistes importantes pour mieux concilier ces deux univers.

Trouver un bon équilibre entre famille et temps de travail demeure une pierre d'achoppement chez de nombreux travailleurs. 4 sur 10 estiment que les horaires compliquent le respect des obligations domestiques, et près de 1 sur 5 déclare avoir tant de travail à la maison que son boulot en pâtit. Un quart des travailleurs interrogés ne s'accordent même pas la cote de 5/10 pour l'équilibre entre travail et vie privée. Par contre, ceux qui sont satisfaits de leur répartition du temps sont nettement plus heureux dans leur travail (80 % vs 32 %) et éprouvent moins de stress (50 % vs 82 %) que les autres. Près de trois quarts des Belges disent pouvoir totalement se détendre de leur travail grâce à leur famille. Et deux tiers, qu'elle leur fait oublier tous les soucis.

Une limite plus floue entre travail et famille rend plus heureux

Assez étonnamment, il semble justement qu'une délimitation moins stricte entre travail et famille soit la clé d'un meilleur équilibre entre les deux. Près de 1 travailleur belge sur 3 le prétend, et même 57 % de ceux âgés de 20 à 34 ans. Ils se disent plus heureux au travail (72 % vs 60 %) et nettement plus satisfaits de la répartition du temps entre emploi et famille que leurs collègues chez qui ces deux sphères sont strictement séparées (67 % vs 54 %). Environ la moitié de tous les travailleurs et employeurs de Belgique envisagent favorablement un chevauchement entre les activités privées et professionnelles. Cette souplesse accrue présente surtout des avantages aux yeux des travailleurs de plus de 35 ans (42 %) ou avec enfants (45 %).

Une heureuse répartition du temps entre vie privée et professionnelle gagne également en importance dans le choix d'un employeur : pour 58 % des salariés, c'est le critère principal au moment de poser sa candidature. C'est beaucoup plus que les 38 %**enregistrés en 2013. Mais durant les années de crise économique, les travailleurs accordaient nettement plus d'importance à la stabilité financière et à la saine gestion de l'entreprise.

Pouvoir faire ses propres choix

Autonomie et souplesse revêtent une grande importance pour un mariage harmonieux entre travail et famille. Ceci est confirmé par les travailleurs interrogés qui, pour une coordination optimale entre les sphères familiale et professionnelle, attendent que leur employeur adapte les horaires de travail à leur situation familiale (48 %), veille à une communication claire (42 %), facilite le télétravail (30 %) et permette de régler des affaires de nature privée durant le temps de travail (26 %). Les salariés chez qui les activités familiales et professionnelles se succèdent de façon cohérente déclarent bien plus souvent que les autres avoir le droit de travailler à domicile (38 % vs 23 %) et bénéficier d'horaires flottants (54 % vs 44 %). Une méthode qui semble se généraliser en milieu professionnel. 6 entreprises sur 10 autorisent leurs collaborateurs à fixer leurs heures de travail en fonction de leurs obligations familiales et à s'occuper d'affaires de nature privée durant leurs heures de travail. 4 employeurs sur 10 autorisent le télétravail d'un salarié dont l'enfant est malade.

Deux travailleurs sur 3 reconnaissent faire eux-mêmes les efforts nécessaires pour un bon équilibre entre travail et vie privée et s'imposer une certaine discipline. Un quart des répondants s'engagent à mieux respecter les heures de travail (31 %) et dégager davantage de temps pour la famille et le conjoint (27 %). Mais il y a encore du pain sur la planche, puisque les travailleurs reconnaissent eux-mêmes consacrer en moyenne 8 heures au travail pour une journée ordinaire et seulement 4 heures à leur famille.

« Grâce aux moyens de communication actuels et à la façon dont on envisage le travail et la famille, ces deux sphères sont de plus en plus souvent imbriquées dans un même espace et temps. Plus de la moitié des travailleurs et employeurs interrogés reconnaissent que la numérisation dissipe la frontière entre travail et privé. Nous détenons tous les moyens pour fixer par nous-mêmes où, quand, comment, avec quoi et qui travailler. Il n'y a plus de ligne de démarcation claire entre travailler au bureau et se retrouver en famille à la maison. On peut se détendre au boulot, y communiquer avec la famille et les amis via les réseaux sociaux, puis poursuivre le travail à la maison. Le fait que les travailleurs planifient de temps en temps d'autres activités durant leurs horaires de travail soulève de moins en moins de réticences. Ceci requiert une autre façon d'envisager l'environnement de travail, l'organisation et les horaires, et le management doit privilégier le résultat ainsi qu'une communication poussée », explique Valérie Denis, CSR-manager chez Tempo-Team.

Experte en équilibre entre travail et vie privée et enseignante à l'Open Universiteit, la docteure Sara De Hauw explique : « Les recherches ont déjà montré que la création d'un environnement de travail plus "permissif" s'avère judicieux non seulement pour que le personnel éprouve un meilleur équilibre et bien-être, mais soit également plus performant et entretienne aussi de meilleures relations avec la hiérarchie. Mais la façon d'exploiter cette souplesse et cette autonomie pour l'imbrication entre vie privée et professionnelle peut varier énormément. Je tiens ici à préciser que plusieurs enquêtes menées aux États-Unis, mais également en Belgique et aux Pays-Bas, révèlent qu'il n'est pas indispensable soit d'intégrer, soit de dissocier totalement les activités privées de celles relatives à la profession, mais qu'il vaut mieux, plus précisément, que chacun puisse opter pour son régime de prédilection et obtienne de son employeur et de sa famille la possibilité et les marges de manœuvre suffisantes afin de concilier vie privée et vie professionnelle. Bref, ce qu'il faut éviter, c'est la culture ‘always on’, celle du "bain professionnel permanent", par laquelle les travailleurs auraient l'impression d'être connectés 24 heures sur 24 à leur boulot. »


*C'est ce qui ressort d'une enquête menée fin 2017 auprès d'un échantillon représentatif de 1050 travailleurs et employeurs par un bureau d'études indépendant pour le compte de Tempo-Team, et publiée dans le cadre de la Journée Internationale de la Famille le 15 mai. La marge d'erreur maximale de cette enquête est de 3,39 %.

**Red Report 2014

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